Les trois se vendent sur le même rayon, avec les mêmes arguments et les mêmes photos de joueurs en action. Une seule a un essai randomisé derrière elle. Les deux autres reposent sur des promesses que personne n’a mesurées au basket, et aucune page marchande ne répond à la question qui décide de tout : est-ce que l’arbitre vous laissera entrer sur le terrain avec ?
Chevillière basket : est-ce que ça sert vraiment ?
Oui, et c’est la seule des trois à pouvoir le prouver. Un essai randomisé mené sur 1 460 lycéens basketteurs américains a compté 0,47 blessure aiguë de cheville pour 1 000 expositions chez les joueurs équipés d’une chevillière lacée, contre 1,41 chez les autres. Aucun autre équipement de basket n’affiche un résultat de ce niveau.
Le détail de cet essai, signé McGuine, Brooks et Hetzel (American Journal of Sports Medicine, 2011), et ce qu’il change pour les joueurs qui ne se sont jamais rien fait, sont examinés dans ce qui évite les entorses de cheville et de genou au basket. Deux points méritent d’être ajoutés ici, parce qu’ils portent sur l’objet et pas sur l’étude.
Le premier est une confusion de vocabulaire qui coûte cher. L’essai portait sur une chevillière lacée, un manchon rigide à laçage qui enserre le pied et la cheville. La gaine élastique vendue sous le même nom de chevillière n’est pas le même objet, ne tient pas la cheville de la même façon, et n’a pas été testée dans cet essai. Acheter la seconde en croyant acheter les résultats de la première est l’erreur la plus fréquente sur ce rayon.
Le second est l’objection que tous les joueurs formulent. Est-ce que ça freine ? Pienkowski et ses coauteurs (American Journal of Sports Medicine, 1995) ont fait porter trois modèles de chevillières à douze lycéens basketteurs, sur quatre tests de basket : saut vertical, saut en longueur sans élan, course en slalom, navette de 18,3 mètres. Aucun effet significatif sur la performance, ni au premier passage ni après une semaine d’adaptation. Douze sujets, c’est peu, et il faut le lire comme une indication et non comme une démonstration. Mais rien dans la littérature ne va dans l’autre sens.
Une chose que je n’ai pas trouvée mesurée : l’idée, très répandue, qu’une chevillière portée en permanence affaiblirait la cheville à long terme. Aucun essai consulté ne l’a suivie sur plusieurs saisons. Elle n’est ni confirmée ni écartée.
Genouillère basket : quelle utilité, et pour qui ?
À soulager une douleur, pas à prévenir une blessure. Aucun essai randomisé n’a montré qu’une genouillère fait baisser le nombre de blessures de genou au basket. Le seul essai favorable à une genouillère préventive porte sur du football américain, un sport où le genou prend des chocs latéraux que le basket ne produit presque jamais.
Cet essai vaut d’être cité, ne serait-ce que pour comprendre pourquoi il ne se transpose pas. Sitler et ses coauteurs (American Journal of Sports Medicine, 1990) ont réparti par tirage au sort 1 396 cadets de West Point sur deux saisons de football américain interne, soit 21 570 expositions : 1,5 blessure de genou pour 1 000 expositions dans le groupe équipé, contre 3,4 dans le groupe témoin, l’effet portant surtout sur le ligament latéral interne chez les joueurs de défense. Un ligament latéral cède sous un choc venu du côté. Au basket, le genou qui coûte des mois est le croisé antérieur, et il part le plus souvent sans contact, sur un appui qui dérobe.
Reste l’autre usage, celui du genou du sauteur. Là, il existe un essai, et son résultat est instructif. De Vries et ses coauteurs (Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 2016) ont suivi 97 sportifs atteints de tendinopathie rotulienne, répartis entre sangle rotulienne, strapping, strapping placebo et rien du tout. La douleur mesurée sur un squat unipodal en décliné baissait de 14 mm sur l’échelle visuelle avec la sangle, par rapport au groupe témoin, avec un p à 0,04. Elle baissait aussi avec le strapping placebo, et la sangle ne faisait pas mieux que lui. Autrement dit : ça soulage, et on ne sait pas dire ce qui soulage.
Bonne nouvelle malgré tout pour ceux qui en portent une par confort. Mortaza et ses coauteurs (PLoS One, 2012) ont fait passer à 31 athlètes masculins un saut vertical unipodal et un test de sauts latéraux, sans genouillère puis avec trois modèles différents. Saut vertical : 33,2 cm sans, 33,2 à 33,5 cm avec, p à 0,537. Sauts latéraux : aucune différence non plus, p à 0,209. La genouillère ne protège pas, mais elle ne coûte rien en détente.
Deux affirmations très présentes sur les pages de vente ne sont reprises nulle part ici, faute de source : qu’une genouillère réduirait le risque de blessure d’un pourcentage donné, et qu’elle diminuerait le risque d’arthrose à long terme. Je n’ai trouvé aucune publication derrière l’une ni l’autre.
Manchon basket : à quoi ça sert ?
À tenir chaud, à absorber la sueur, à protéger d’une éraflure sur le parquet. Rien de plus n’a été mesuré au basket. Les travaux sur les textiles de compression portent sur la récupération après l’effort, pas sur un manchon de bras porté pendant un match, et aucun n’a testé l’effet sur l’adresse au tir.
La meilleure synthèse disponible est celle de Hill, Howatson, van Someren, Leeder et Pedlar (British Journal of Sports Medicine, 2014), qui regroupe 12 études sur la récupération après des dégâts musculaires induits par l’exercice. Les effets sont modérés et cohérents entre eux : 0,40 sur les courbatures, 0,46 sur la force, 0,49 sur la puissance, 0,44 sur la créatine kinase, en g de Hedges, tous significatifs. Regardez bien ce qui est mesuré. Le vêtement est porté après l’effort, pour récupérer, et l’essentiel de ces travaux concerne les jambes. Rien là-dedans ne dit qu’un manchon de bras enfilé avant un match de basket fasse quoi que ce soit pendant le match.
L’origine de la mode est d’ailleurs médicale, et la presse spécialisée l’a documentée : Allen Iverson en porte un à partir de janvier 2001, à cause d’une bursite au coude. Le reste des joueurs a suivi pour l’allure. C’est une raison légitime de porter un manchon, à condition de l’appeler par son nom.
Ce qui est vrai et vérifiable tient en peu de choses. Un manchon couvre la peau, et une chute sur un parquet ou sur du bitume arrache moins quand quelque chose se trouve entre les deux. Il tient le bras au chaud sur un banc de touche. Il évite qu’un coude transpirant glisse sur le ballon lors d’une passe. Le manchon de jambe suit exactement la même logique.
Un chiffre écarté, et il circule beaucoup : les pressions de compression annoncées en mmHg par les fabricants de manchons de sport. Aucune norme ne les encadre en France pour cet usage, aucun laboratoire indépendant francophone ne les vérifie, et deux manchons annonçant la même valeur ne compriment pas nécessairement pareil. Ce nombre ne se compare pas d’une marque à l’autre.
Ce que l’article 4 du règlement autorise sur le terrain
Le Règlement officiel de basketball 2024, version française FFBB, autorise nommément à son article 4.4 « les genouillères, épaulières et chevillières », les textiles de compression de bras et de jambe, et les bandages. Il interdit en revanche toute protection rigide au doigt, à la main, au poignet, au coude et à l’avant-bras.
Le principe général se lit en une phrase : « Tout équipement utilisé par les joueurs doit être approprié au jeu. » Le même article ajoute que ce qui est conçu pour augmenter la taille du joueur ou sa détente, ou pour lui donner « un avantage déloyal », n’est pas autorisé.
La liste des interdits est précise, et c’est elle qui surprend. Sont exclues « les protections, casques, armatures ou moulures pour doigt, main, poignet, coude ou avant-bras, faites de cuir, plastique, plastique souple, métal ou toute autre substance dure, même recouverte d’un capitonnage mou ». Relisez l’énumération des articulations. Le genou n’y est pas. La cheville non plus. Une coudière à coque dure est refusée même capitonnée, alors qu’une genouillère à charnières métalliques n’apparaît dans aucune liste d’interdiction, et que les genouillères et chevillières figurent au contraire parmi les équipements autorisés. Les protections d’épaule, de bras et de cuisse passent également, « à condition qu’elles soient suffisamment capitonnées ».
| Protection | Ce que les essais montrent | Ce que dit l’article 4.4 |
|---|---|---|
| Chevillière lacée | Moins d’entorses sur une saison, essai randomisé | Autorisée, nommée |
| Genouillère souple ou articulée | Aucune baisse des blessures démontrée au basket | Autorisée, nommée |
| Sangle rotulienne | Soulage, mais pas plus qu’un placebo | Autorisée comme genouillère |
| Manchon de bras ou de jambe | Récupération après l’effort, rien pendant le match | Autorisé, sous condition de couleur |
| Coudière à coque rigide | Sans objet | Interdite, même capitonnée |
La règle de couleur est celle qui fait refouler des joueurs le jour du match, et personne ne la mentionne au rayon. Le texte impose que tous les joueurs de l’équipe portent leurs textiles de compression de bras et de jambe, sous-maillots, sous-shorts, bandeaux et bandages « de la même couleur unie ». Un manchon noir dans une équipe qui en porte des blancs pose donc un problème réglementaire, pas esthétique. Une note de la FFBB adoucit largement la portée de cette obligation : elle ne s’applique qu’aux championnats de haut niveau, avec une tolérance sur la couleur des accessoires dans les autres divisions, sur tout le territoire. La note énumère ces championnats sous des noms de ligues qui ont changé depuis sa rédaction, ce qui donne une idée de sa fraîcheur. Devant un arbitre, c’est pourtant elle qui s’applique.
Deux précisions de la même section, pour finir. Les chaussures peuvent associer n’importe quelles couleurs, mais aucune lumière clignotante ni aucun matériau réfléchissant n’est admis. Et tout équipement que le règlement ne mentionne pas doit recevoir l’accord préalable de la Commission technique de la FIBA. Le doute se tranche donc en amont, auprès de l’arbitre ou de l’entraîneur, pas au moment de la présentation des équipes.
Quand la protection ne suffit pas
Quand la cheville se dérobe à chaque appui, quand le genou gonfle, quand la douleur revient à chaque entraînement, ou quand une articulation lâche sans prévenir. Une protection ne traite rien de tout cela. Elle rend le jeu possible pendant quelques semaines, en masquant parfois le signal qui aurait dû envoyer le joueur consulter.
Une page web ne peut examiner personne, et celle-ci décrit ce que la littérature mesure, rien d’autre. Une douleur qui dure, une instabilité qui revient, un genou qui gonfle après chaque match relèvent d’un médecin du sport ou d’un kinésithérapeute. La chevillière lacée elle-même a été étudiée en prévention, chez des joueurs qui jouaient, pas comme substitut à un avis médical après une blessure.
L’ordre des priorités se déduit de tout ce qui précède, et il est plutôt encourageant pour le portefeuille. Le travail d’équilibre et le renforcement viennent en premier, parce qu’ils ont des essais favorables et qu’ils ne coûtent rien : ils se glissent dans n’importe quel programme de préparation physique. La chevillière lacée vient ensuite, en complément et pas en remplacement. La genouillère se justifie par le confort ou par une douleur identifiée, jamais par une promesse de prévention. Le manchon relève du goût, et c’est très bien ainsi tant qu’on ne le paie pas pour autre chose.
Un dernier repère, valable pour tout ce rayon. La chaussure de basket obéit exactement à la même logique de preuve, et la tige montante y perd le duel de la même façon que la genouillère préventive : voir ce que les études disent de la tige haute. Ce que les équipements les mieux vendus au basket ont en commun, c’est d’avoir rarement été mesurés.
On écrit sur le basket depuis la Seine-Saint-Denis, l'un des départements les plus denses de France en clubs et en licenciés. Ce qu'on explique, on l'a d'abord vérifié.