Vieux panneau de basket en bois et arceau sans filet dans un gymnase ancien, parquet usé au premier plan

Histoire du basket : ce qui a changé depuis 1891

Le dribble légalisé en 1909, le filet ouvert en 1912, les 24 secondes en 1954 : chaque étape datée, avec sa source, et le premier match européen joué à Paris.

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Qui a inventé le basket ?

James Naismith, professeur d’éducation physique canadien, en décembre 1891, à Springfield dans le Massachusetts, où il enseignait à l’International YMCA Training School. Il cherchait un jeu d’intérieur pour occuper ses élèves l’hiver et a écrit treize règles. Le premier match s’est joué le 21 décembre 1891, à neuf contre neuf, et s’est terminé 1 à 0.

Le détail le plus recopié se trouve être exact, et il vient de l’école elle-même. Naismith avait demandé au concierge deux caisses carrées pour servir de buts. L’homme est revenu avec deux paniers de pêche. Naismith les a cloués à la rambarde inférieure de la galerie du gymnase, qui se trouvait à dix pieds du sol. Springfield College, héritière de cette école, le raconte encore ainsi. La hauteur de l’arceau ne sort donc d’aucun calcul : c’est celle d’une balustrade, et elle n’a jamais bougé depuis.

Le ballon non plus n’a pas été dessiné pour ce jeu. Les premières parties se jouent avec un ballon de football association, plus mou et plus léger que celui d’aujourd’hui. Les règles paraissent le 15 janvier 1892 dans The Triangle, le journal de l’établissement.

Ce texte de 1891 décrit un sport que personne ne reconnaîtrait. Aucun dribble, aucun lancer franc, aucune ligne à trois points, deux mi-temps de quinze minutes, et un panier offert à l’adversaire au bout de trois fautes d’équipe consécutives. Les treize sont reproduites une par une dans les treize règles de Naismith, traduites en entier.

L’histoire du basket en dates, de 1891 à aujourd’hui

Le basket naît en décembre 1891 à Springfield. Il faut attendre 1908-1909 pour que le dribbleur ait le droit de tirer, 1913-1914 pour que le fond du filet reste ouvert, 1932 pour la FIBA, 1946 pour la NBA, 1954 pour le chronomètre des tirs et 1979 pour la ligne à trois points. Le reste tient du réglage.

DateCe qui changeSource de la date
Décembre 1891Naismith rédige treize règles à SpringfieldSpringfield College, NCAA
21 décembre 1891Premier match, neuf contre neuf, 1-0Springfield College
15 janvier 1892Les règles paraissent dans The TriangleSpringfield College
22 mars 1893Premier match féminin universitaire, à Smith CollegeJewish Women’s Archive, History.com
27 décembre 1893Premier match hors des États-Unis, au YMCA de ParisYMCA Paris, Inventaire du patrimoine d’Île-de-France
1894-1895La ligne de lancer franc est tracée à 20 piedsPlaying Rules History, NCAA
1895-1896Le panier passe de 3 à 2 points, le lancer franc de 3 à 1NCAA et Britannica, d’accord
1896-1897Les panneaux sont installésNCAA (Britannica écrit 1895)
1900-1901Un seul rebond de balle, à deux mains, et pas de tir derrièrePlaying Rules History, NCAA
1906-1907La ligne de lancer franc revient de 20 à 15 piedsPlaying Rules History, NCAA
1908-1909Le dribbleur peut tirer, le double dribble devient illégalPlaying Rules History, NCAA
1913-1914Le fond du filet est laissé ouvertNCAA (Britannica écrit 1912-1913)
1920-1921Les panneaux sont écartés de 60 cm du murPlaying Rules History, NCAA
1932-1933Ligne médiane et règle des 10 secondes, contre l’attentismePlaying Rules History, NCAA
18 juin 1932Huit fédérations fondent la FIBA à GenèveFIBA
1935-1936Trois secondes maximum dans la raquette adversePlaying Rules History, NCAA
14 août 1936Première finale olympique, à BerlinFIBA, Comité international olympique
1937-1938L’entre-deux après chaque panier disparaîtPlaying Rules History, NCAA
6 juin 1946Naissance de la BAA, qui prend le nom de NBA le 3 août 1949NBA
22 avril 1954Les propriétaires de la NBA votent le chrono de 24 secondesNaismith Hall of Fame, Le Moyne College
12 octobre 1979Premier tir à trois points inscrit en NBANBA
1984La FIBA adopte la ligne à trois points, tracée à 6,25 mFIBA

Un avertissement s’impose sur les premières lignes. La NCAA, qui tient la chronologie de référence sous le titre Playing Rules History, précise que le plus ancien livre de règles retrouvé date de la saison 1905-1906, et que les changements listés avant cette date ont pu être adoptés plus tôt. Britannica et la NCAA divergent d’ailleurs de deux ans sur le panneau et d’un an sur l’ouverture du filet. Les pages qui donnent ces dates au millésime près, sans dire d’où elles viennent, donnent une précision qu’aucune source ne possède.

Deux choses ressortent malgré tout. La diffusion va vite : le jeu est inventé en décembre 1891 et il se joue à Paris deux ans plus tard, dans un gymnase bâti pour lui. Le reste avance lentement. Il aura fallu dix-sept ans pour qu’un dribbleur ait le droit de tirer, vingt-deux pour cesser d’aller rechercher le ballon au fond du panier, soixante-trois pour plafonner la durée d’une possession.

Les dates féminines manquent presque toujours aux chronologies françaises, et elles sont pourtant parmi les plus précoces. Senda Berenson, engagée à Smith College en 1892, adapte les règles de Naismith pour ses étudiantes et organise le 22 mars 1893 un match entre deux promotions de l’établissement, gagné 5 à 4 par les deuxièmes années. Le premier match entre deux universités attend le 4 avril 1896 : Stanford bat Berkeley 2 à 1, à neuf contre neuf.

Le dribble n’existait pas dans les règles de 1891

La règle 3 du texte de Naismith interdit de courir avec le ballon et n’envisage à aucun moment de le faire rebondir. Le dribble entre par la bande : un rebond de balle unique devient toléré en 1900-1901, sans droit de tirer derrière, et il faut la saison 1908-1909 pour qu’un dribbleur puisse enfin conclure lui-même.

La version de 1900-1901 ressemble peu à ce qu’on voit sur un playground. La chronologie de la NCAA la résume en une phrase : le joueur pouvait faire rebondir le ballon une seule fois, à deux mains, et il lui était interdit de tirer ensuite. Autrement dit, il se faisait une passe à lui-même, puis cherchait un coéquipier. Ce bricolage a tenu huit saisons.

Tout bascule en 1908-1909. Le dribbleur obtient le droit de tirer, et le geste reçoit sa première définition écrite, celle d’un déplacement continu du ballon. La contrepartie arrive dans la même ligne : reprendre son dribble après l’avoir arrêté devient illégal, et c’est la naissance de la violation que les arbitres sifflent aujourd’hui sous le nom de double dribble, avec ses trois exceptions. La même saison, un joueur commence à être disqualifié à sa cinquième faute, seuil toujours en vigueur en FIBA.

Le geste le plus identifiable du basket est donc absent du texte fondateur, et il n’a pas été inventé par un législateur. Des joueurs ont exploité un silence des règles, les fédérations ont fini par entériner l’usage. Quarante-cinq ans après Springfield, la première finale olympique rappellera d’ailleurs à quoi ressemble un match sans dribble : à Berlin, le 14 août 1936, sur un terrain de terre battue en plein air détrempé par la pluie, les États-Unis battent le Canada 19 à 8, avec huit points marqués en tout dans la seconde mi-temps.

Du panier de pêche au panneau : ce que le matériel a changé

Trois objets ont pesé plus lourd que la plupart des règles. Le panneau, installé vers 1896 pour empêcher les spectateurs de la galerie d’intervenir sur les tirs. Le fond du filet, laissé ouvert en 1913-1914, qui supprime la récupération du ballon après chaque panier. Et l’effectif, stabilisé à cinq joueurs à la même époque.

Le panier de pêche a posé un problème pratique pendant vingt ans. Le ballon restait dedans. On l’a d’abord repêché à l’échelle, puis avec une perche, puis au moyen d’une chaîne fixée sous le filet et actionnée depuis le sol. La NCAA place en 1913-1914 le moment où le fond du filet est laissé ouvert, Britannica une saison plus tôt. Le tempo du jeu et les scores montent aussitôt, sans qu’une règle de jeu ait été touchée.

Le panneau, lui, n’a pas été inventé pour le rebond. Il apparaît parce que le public installé sur la galerie du gymnase se penchait pour dévier les tirs adverses. La surface a d’abord été un grillage. Il a fallu une seconde correction en 1920-1921 : les panneaux ont été écartés de deux pieds du mur, soit une soixantaine de centimètres, parce que des joueurs escaladaient le rembourrage pour aller déposer le ballon. Le rebond au panneau, dont vivent aujourd’hui des systèmes offensifs entiers, est un effet secondaire de deux mesures de police.

Le barème de points bouge dans la même période. En 1895-1896, le panier de jeu descend de trois points à deux, et le lancer franc de trois à un. La ligne des lancers francs, elle, a fait le trajet inverse : posée à 20 pieds en 1894-1895, elle est rapprochée à 15 pieds en 1906-1907, distance qu’elle n’a plus quittée. Côté effectifs, la NCAA recense un match entre deux universités dès le 9 février 1895, à neuf joueurs par équipe, et le premier opposant deux vraies équipes universitaires à cinq contre cinq en 1897, quand Yale bat Penn 32 à 10. Dernière correction lourde de cette première ère : en 1937-1938, l’entre-deux au rond central après chaque panier disparaît, ce qui rend enfin le jeu continu. Aucune de ces décisions ne découle d’une théorie du basket. Chacune règle une nuisance concrète, et l’arceau reste à la hauteur d’une rambarde de 1891.

Les 24 secondes et la ligne à trois points

Deux règles ont donné au basket son rythme actuel. Le chronomètre de 24 secondes, voté par les propriétaires de franchises NBA le 22 avril 1954, oblige à tirer. La ligne à trois points, adoptée par la NBA pour la saison 1979-1980 puis par la FIBA en 1984, récompense la distance.

Le mal que soignait le chrono a une date et un score. Le 22 novembre 1950, Fort Wayne bat Minneapolis 19 à 18, plus faible total de l’histoire de la NBA. Les Pistons gardaient le ballon sans tirer, parfois plus de trois minutes d’affilée, pour neutraliser George Mikan, auteur de 15 des 18 points de son équipe. Rien dans le règlement ne les en empêchait. Quatre saisons plus tard, Danny Biasone, propriétaire des Syracuse Nationals, pose son calcul : 2 880 secondes de jeu divisées par 120 tirs, soit une tentative toutes les 24 secondes. Le résultat se lit dès la première saison, en 1954-1955. La moyenne de points par équipe et par match passe de 79,5 à 93,1, et les tirs tentés de 75,4 à 86,4.

L’arc à trois points suit un chemin comparable. L’American Basketball Association l’utilise de 1967 à 1976 comme argument commercial contre la NBA, qui la reprend après avoir absorbé sa concurrente, d’abord pour un an à l’essai. Chris Ford inscrit le premier tir à trois points de l’histoire de la ligue le 12 octobre 1979, au Boston Garden, contre Houston. La FIBA attend 1984 et trace sa ligne à 6,25 mètres, avant de la reculer à 6,75 mètres en 2010.

Ces deux règles ont un point commun qu’on souligne rarement. Aucune ne vient de l’instance qui écrit le jeu. Le chronomètre sort de la tête d’un exploitant de bowling de Syracuse, la ligne longue d’une ligue rivale montée pour concurrencer la NBA. La FIBA a homologué la seconde cinq ans après les Américains, et n’est à l’origine ni de l’une ni de l’autre.

L’origine du basketball en France : Paris, décembre 1893

Le 27 décembre 1893, le premier match de basket hors des États-Unis se joue à Paris, dans le gymnase du YMCA au 14 rue de Trévise, neuvième arrondissement. Melvin Rideout, premier professeur de sport de l’association, formé à Springfield par Naismith, l’organise. La salle existe toujours, avec son parquet d’origine.

Le bâtiment sort de terre entre le 11 juin 1892 et le 7 mai 1893, sur les plans d’Émile Bénard, Grand Prix de Rome, parti étudier les YMCA américains avant de dessiner celui-ci. L’Inventaire général du patrimoine culturel d’Île-de-France en décrit le gymnase : une mezzanine périphérique aménagée en piste de course, un sol partiellement vitré pour l’éclairage naturel, et deux poteaux au milieu de la salle, indispensables à la structure. On a donc joué le premier basket d’Europe en contournant deux piliers. L’ensemble est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1994, et une campagne de restauration est engagée depuis 2020 avec la Fondation du patrimoine.

Deux ans, c’est tout ce qu’il a fallu au jeu pour traverser l’Atlantique. La suite prend plus de temps : la FIBA se fonde le 18 juin 1932 à Genève, et la liste de ses huit fondateurs mérite un regard. Argentine, Tchécoslovaquie, Grèce, Italie, Lettonie, Portugal, Roumanie, Suisse. Pas une grande nation du football dans le lot. Le basket s’est enraciné dans les pays d’Europe centrale et méditerranéenne avant les autres, et la carte du basket continental porte encore cette marque : l’ASK Riga, letton, remporte les trois premières Coupes d’Europe des clubs champions, comme le montre le palmarès européen depuis 1958.

Le tournoi olympique de Berlin, celui de la finale sous la pluie, ouvre en août 1936 la voie institutionnelle. Naismith, 74 ans, y assiste, remet les médailles et reçoit le titre de président d’honneur de la FIBA. Il mourra trois ans plus tard.

Ce qui se mesure aujourd’hui donne le résultat de cette expansion. La NBA a démarré la saison 2025-2026 avec 135 joueurs internationaux issus de 43 pays, record absolu pour la ligue, dont 71 Européens et 19 Français, deux records également. Le pays qui a accueilli le premier match européen en 1893 fournit désormais le plus gros contingent européen de la ligue américaine, et il lui arrive de la battre en tournoi. Le bilan récent tient dans les quatre dernières confrontations entre la France et les États-Unis.

Photo de Rédaction Basket93
Rédaction Basket93 Seine-Saint-Denis

On écrit sur le basket depuis la Seine-Saint-Denis, l'un des départements les plus denses de France en clubs et en licenciés. Ce qu'on explique, on l'a d'abord vérifié.

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