Un intérieur arme un tir derrière la ligne à trois points, défenseur plus petit collé sur lui

Small ball et tir à 3 points, l'évolution du basket

Ce que le small ball a changé au poste 5 : part des tirs à 3 points en 2024-25, taille moyenne NBA, charge de travail mesurée, et les cas où la recette casse.

· 7 min

Qu’est-ce que le small ball au basket ?

Le small ball est un choix d’alignement : on sort le joueur le plus grand et on le remplace par un joueur plus petit et plus mobile, capable de tirer de loin et de défendre sur plusieurs adversaires. L’équipe perd des centimètres au rebond, gagne de l’espace en attaque et de la vitesse dans ses rotations défensives.

L’idée n’est pas neuve. Les Celtics de Tommy Heinsohn faisaient déjà tourner Dave Cowens, 2,06 m, au poste de pivot dans les années 1970, avec deux titres à la clé en 1974 et 1976. Ce qui a changé depuis, c’est la fréquence d’emploi. Le small ball était un coup sorti en fin de match quand il fallait courir après le score. Il est devenu une façon de construire un effectif pour quatre-vingt-deux matchs.

Le basculement porte une date. Juin 2015, finale NBA, Golden State mène 1-2 et modifie son cinq de départ avant le quatrième match : Andrew Bogut sort, Andre Iguodala entre, Draymond Green glisse au poste 5. Golden State gagne 103-82, puis les deux matchs suivants, et Iguodala est élu meilleur joueur de la finale sans avoir commencé toute la série, une première dans l’histoire du trophée. La recette a été copiée en trois saisons.

On résume le small ball à une histoire de centimètres. C’est court. Le cinquième joueur est jugé sur ce qu’il sait faire du ballon à sept mètres du panier, et un géant qui shoote coche cette case aussi bien qu’un ailier de deux mètres.

Pourquoi le tir à 3 points a-t-il pris toute la place ?

Parce que l’arithmétique le récompense. Un tir à trois points rentré à 35 % rapporte 1,05 point par tentative, un tir à deux points rentré à 50 % en rapporte 1,00. L’écart paraît minuscule sur une possession. Sur une saison entière, il déplace des équipes au classement.

Les moyennes de ligue donnent l’ampleur du glissement. En 1979-80, première saison NBA avec une ligne à trois points, une équipe en tentait 2,8 par match. En 2018-19, elle en tentait 32,0. Et en janvier 2025, Sportico relevait que 42,4 % de tous les tirs de la ligue partaient de derrière l’arc sur l’exercice 2024-25, une part qui n’avait jamais franchi les 40 % sur une saison complète auparavant.

Côté FIBA, la ligne elle-même a reculé. L’arc est un demi-cercle de 6,75 m de rayon extérieur, article 2.5 du règlement officiel. Il mesurait 6,25 m avant la réforme portée par l’édition 2010, entrée en vigueur le 1er octobre 2010 pour les compétitions de haut niveau et seulement le 1er octobre 2012 pour les autres. Pendant deux saisons, un joueur de club et un international n’ont donc pas tiré depuis le même endroit.

Le volume a bondi, l’adresse non. La NBA tournait à 35,5 % de réussite à trois points en 2018-19, du même ordre qu’au début des années 2010, alors que le nombre de tentatives avait entre-temps doublé. Les équipes marquent davantage de loin parce qu’elles tirent davantage et parce qu’elles choisissent mieux leurs tirs. Les tireurs, eux, n’ont pas changé de main. Le geste et la distance sont détaillés dans la page sur le tir à 3 points et la ligne à 6,75 m.

Le positionless basketball est-il une révolution ?

Non, si l’on s’en tient au texte. Le règlement FIBA n’a jamais imposé de postes : les mots « meneur », « ailier » et « poste » n’apparaissent nulle part dans les 111 pages de l’édition française 2024. Le positionless basketball ne casse donc aucune règle du jeu. Il casse une convention d’entraîneurs.

Le seul mot de la famille présent dans le texte est « pivot », et l’article 25 l’emploie pour décrire un mouvement de pieds, jamais un joueur. La numérotation de 1 à 5 vient des salles d’entraînement, pas des arbitres. Elle a rendu service pendant des décennies, comme raccourci de placement au tableau et comme grille de recrutement. Le détail des cinq rôles et de ce que le règlement en dit tient dans la page sur les postes au basket.

L’ennui commence quand la convention est prise pour une frontière. Un intérieur à qui on a interdit de tirer de loin de ses douze ans à sa sortie de centre de formation n’apprendra pas à vingt-cinq ans, et il n’aura pas non plus les appuis pour défendre sur un extérieur. Le small ball a fait sauter une habitude de formation, transmise d’entraîneur en entraîneur, que rien dans le règlement n’imposait. Présenté comme une rupture, le positionless ressemble plutôt à un retour au texte.

Ce que le small ball change au poste 5

La taille moyenne d’un joueur NBA se situe autour de 1,99 m sur la saison 2025-26, contre un sommet historique atteint en 1987, d’après les tailles officielles compilées par Basketball-Reference et relevées en février 2026. La comparaison mérite une précaution. Depuis 2019-20, la ligue exige des mesures pieds nus certifiées par un médecin d’équipe, là où les tailles déclarées auparavant étaient généreuses. Une partie du recul apparent tient donc au protocole de mesure.

Le reste tient au jeu, et se voit au poste 5. Un pivot qui passe une partie de la possession derrière l’arc change de métier physique. Une étude de Salazar, Castellano et Svilar, publiée en 2020 dans le Journal of Human Kinetics (volume 75, pages 257 à 266), a équipé d’accéléromètres dix-sept professionnels sur cinq matchs amicaux, six extérieurs porteurs de balle, quatre ailiers et sept pivots. Les pivots s’y définissent par les sauts, les extérieurs par les changements de direction.

La charge par minute donne le chiffre qu’on n’attend pas. Les extérieurs y sont à 12,1 unités, les pivots à 10,7, les ailiers à 10,5. Avant même la mode du small ball, le joueur le plus sollicité par minute de jeu était donc le plus petit du terrain. Demander à un pivot de vivre au large le rapproche du profil de charge le plus lourd de son équipe, celui pour lequel il n’a jamais été formé ni recruté.

On a réclamé aux grands le métier des meneurs sans leur donner le corps des meneurs.

Où le small ball s’arrête

La version radicale de la recette a été testée grandeur nature, et elle a échoué en public. En février 2020, Houston échange son pivot Clint Capela contre Robert Covington et confie le poste 5 à P.J. Tucker, 1,96 m. Sept mois plus tard, en demi-finale de conférence, Los Angeles élimine Houston quatre matchs à un, série achevée le 12 septembre 2020. L’idée n’était pas absurde, elle était trop pure : une équipe qui n’aligne plus un seul joueur au-dessus de deux mètres paie chaque tir manqué au rebond adverse, et il y a beaucoup de tirs manqués dans un match de playoffs.

Les récompenses individuelles, elles, sont allées aux grands qui savent jouer. Nikola Jokić, 2,11 m, a été élu meilleur joueur de la saison régulière en 2021, 2022 et 2024, et meilleur joueur de la finale en 2023, l’année du titre de Denver. Rudy Gobert a été désigné meilleur défenseur quatre fois entre 2018 et 2024, troisième joueur de l’histoire à ce total avec Dikembe Mutombo et Ben Wallace. En avril 2026, Victor Wembanyama, 2,24 m, est devenu le premier lauréat unanime du trophée de meilleur défenseur depuis sa création en 1982-83, avec 3,1 contres par match, meilleure marque de la ligue, pour une équipe de San Antonio à 62 victoires et 20 défaites.

La finale 2026 a mis les deux thèses face à face. San Antonio et son intérieur de 2,24 m contre New York et Jalen Brunson, meneur listé à 1,88 m. New York l’a emportée quatre matchs à un, et Brunson a été élu meilleur joueur de la série à l’unanimité des onze votants, avec 32,6 points de moyenne. La taille n’a rien décidé là-dedans. New York avait un joueur capable de créer son tir contre n’importe quel défenseur, et cette qualité se loge aussi bien dans 1,88 m que dans 2,24 m.

La ligue, elle, s’interroge sur autre chose : l’uniformité du spectacle. Adam Silver reconnaissait début 2025 qu’une partie du public trouve les attaques interchangeables, pendant que son directeur de la stratégie sportive écartait toute modification de règle imminente. Les arcs ne sont pas placés au même endroit d’un continent à l’autre, et le débat ne se pose donc pas dans les mêmes termes en Europe, où la NBA, l’EuroLeague et la FIBA n’écrivent ni les mêmes règles ni les mêmes calendriers.

Le tir à trois points a gagné son procès en efficacité. Le procès en ennui, lui, est ouvert.

Photo de Rédaction Basket93
Rédaction Basket93 Seine-Saint-Denis

On écrit sur le basket depuis la Seine-Saint-Denis, l'un des départements les plus denses de France en clubs et en licenciés. Ce qu'on explique, on l'a d'abord vérifié.

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