Un joueur pousse une passe à deux mains vers un coéquipier, le ballon rebondissant sur le parquet devant les jambes d'un défenseur

Les types de passe au basket et les balles perdues

Passe à terre, passe baseball, passe au-dessus de la tête : à quoi sert chacune, et les articles 25, 27 et 28 du règlement que les passeurs ignorent.

· 11 min

Quels sont les types de passe au basket ?

Cinq passes couvrent la quasi-totalité du jeu : la passe à deux mains à hauteur de poitrine, la passe à terre, la passe à deux mains au-dessus de la tête, la passe baseball à une main sur longue distance, et la passe dans la course. Le choix se joue sur une seule question, où sont les mains du défenseur.

La passeDistance et situationCe qui la fait échouer
Deux mains, hauteur de poitrineCourte, face à face, défenseur mains bassesUn défenseur qui remonte les mains sur la ligne de passe
À terreCourte, vers un intérieur ou un coupeur, ligne haute contestéeUn rebond trop proche du receveur, qui arrive dans les pieds
Deux mains au-dessus de la têteCourte à moyenne, sortie de rebond, entrée sur le pivotUn défenseur plus grand, ou une trajectoire trop tendue
Baseball, une mainLongue, contre-attaque après interception ou rebond défensifLa rotation du poignet, qui fait dériver le ballon
Dans la courseToutes distances, joueurs en mouvementUne passe visée sur le joueur, pas sur l’espace devant lui

Ces noms ne sont pas des inventions de site. Le cahier technique U11-U13 du comité départemental de la Manche, qui renvoie explicitement au Cahier technique FFBB 11-13 ans pour ses pages 68 à 75, liste comme techniques prioritaires la « passe poitrine-poitrine », la « passe à terre », la « passe de relance », la « passe désaxée » et la « passe après fixation ». Il ajoute une consigne en majuscules, la seule du document : « TOUTES LES RECEPTIONS DOIVENT ETRE FAITES À DEUX MAINS !!! »

Retenez la formulation « passe de relance ». C’est le nom français de la longue passe qui part d’un rebond défensif vers la ligne médiane, celle que tout le monde appelle baseball pass, et le document fédéral en donne même l’intention : « rechercher à passer la ligne médiane le plus vite possible ». Vous verrez plus loin pourquoi cette intention n’a rien d’esthétique.

La passe à terre au basket : à quoi elle sert vraiment

La passe à terre est une passe à deux mains identique à la passe poitrine, à ceci près que le ballon rebondit une fois au sol avant d’atteindre le receveur. Elle sert quand la trajectoire directe est bouchée : mains levées du défenseur, entrée sur un joueur intérieur, coupeur qui arrive dans le dos de sa défense.

Le principe est mécanique. Un défenseur qui conteste une ligne de passe lève les bras, et il les lève haut, parce que c’est là qu’il gagne des interceptions. Le sol reste libre. La passe à terre exploite cet angle mort, et elle le paie d’un défaut que personne ne conteste : elle est lente. Le rebond ajoute du temps de vol, et ce temps profite aux deux camps.

D’où la seule variable qui compte, le point d’impact. Trop près du passeur, le ballon remonte mou et le défenseur le cueille au vol. Trop près du receveur, il arrive à hauteur de tibia et personne ne le rattrape proprement. Vous lirez partout qu’il faut viser les deux tiers de la distance. Ce repère circule dans les fiches de club depuis des décennies, aucune source fédérale ne l’écrit, et je préfère vous donner le critère utilisable : le ballon doit arriver dans les mains du receveur entre la taille et la poitrine. Si vous devez vous baisser pour le prendre, la passe était mauvaise, quelle qu’ait été sa distance de rebond.

Deux cas où elle est le mauvais choix. Sur un parquet mouillé ou poussiéreux, le rebond devient imprévisible. Et sur une longue distance, elle n’a aucun intérêt : le temps de vol double, et vous offrez une interception à un défenseur qui n’était même pas concerné par l’action.

Comment bien passer au basket ?

Une bonne passe se juge sur ce que le receveur peut faire juste après. S’il doit s’arrêter, se baisser ou reculer, la passe a échoué, même si elle est arrivée. Six points suffisent à couvrir le geste, du placement des pieds à la fin du mouvement.

  1. Prenez le ballon à deux mains, pouces derrière, doigts écartés sur les côtés. Les paumes ne touchent pas le ballon.
  2. Fléchissez les jambes. La puissance vient des appuis, pas des bras, et une passe à bras seuls part toujours trop haute ou trop molle.
  3. Regardez le défenseur, pas votre coéquipier. Ses mains vous disent quelle passe est disponible ; sa position vous dit de quel côté sortir le ballon de l’axe de votre corps.
  4. Poussez en tendant les bras et en accompagnant d’une flexion des poignets. Les pouces finissent vers le bas, les mains ouvertes vers la cible.
  5. Visez une cible précise. Sur un joueur arrêté, la poitrine. Sur un joueur en mouvement, la main la plus éloignée du défenseur, à hauteur de course.
  6. Recevez toujours à deux mains, et amortissez en reculant les bras. C’est la consigne fédérale citée plus haut, et c’est aussi la moitié des ballons perdus par les débutants.

Le point 3 est celui qui change tout et celui qu’on saute le plus. Passer en regardant son coéquipier revient à annoncer la trajectoire à tout le monde, y compris au défenseur du côté opposé qui n’avait rien vu. Les passes aveugles spectaculaires viennent après, très après.

Un détail réglementaire vaut d’être connu ici, parce qu’il autorise plus que ce que croient les débutants. L’article 25.2 du Règlement officiel de basketball 2024 précise que « pour passer ou tirer au panier le joueur peut sauter et lever le pied de pivot mais aucun pied ne peut retourner sur le terrain de jeu avant que le ballon ait quitté la ou les main(s) ». Vous avez donc le droit de sauter pour passer. Vous n’avez pas le droit de retomber avec le ballon. Le reste de ce mécanisme est détaillé dans le pied de pivot et les trois façons de s’arrêter, et ces gestes se travaillent dans l’ordre au sein d’un programme de quatre semaines.

Les erreurs qui provoquent les pertes de balle

La perte de balle sur passe vient presque toujours d’une décision, rarement d’un geste. Le joueur choisit la mauvaise passe, ou la choisit trop tard. Le geste raté n’arrive qu’ensuite, et il sert d’explication commode à l’entraîneur comme au joueur.

Voici celles qui reviennent, dans l’ordre où elles se corrigent.

La passe télégraphiée. Le passeur fixe sa cible une seconde avant de lâcher le ballon. Un défenseur d’expérience n’a besoin de rien d’autre. C’est la première à traiter, parce qu’elle ne demande aucune qualité physique.

La passe hors du champ visuel du receveur. Techniquement parfaite, arrivée pile sur la poitrine, et perdue quand même parce que le receveur regardait ailleurs. Un appel de balle existe pour ça. Une passe part vers quelqu’un qui l’a demandée, pas vers quelqu’un qui est libre.

La passe sur le joueur au lieu de l’espace. En contre-attaque, viser le maillot d’un coéquipier lancé le force à ralentir. On vise devant lui, à hauteur de main tendue.

La longue passe par-dessus la défense. Elle traverse tout le terrain et donne à trois défenseurs le temps de converger. Elle réussit quand un joueur est déjà seul, et échoue dans tous les autres cas.

La passe de sortie après le rebond, prise dans le trafic. Le rebondeur atterrit entouré, garde le ballon à hauteur de hanches et se le fait arracher. Le ballon monte au-dessus de la tête, on pivote face à la touche, et on relance ensuite.

La reprise de dribble après une passe manquée. Celle-là s’arbitre. C’est une violation, au même titre qu’un double dribble. L’article 24.2 n’autorise un second dribble que si le joueur a perdu le contrôle « d’une passe ou d’une perte accidentelle du contrôle du ballon qui touche ou a été touché par un autre joueur ». Une passe qui revient sans avoir touché personne ne rouvre aucun droit au dribble.

Le chrono décide à votre place : articles 27, 28 et 29

Trois chronomètres contraignent la circulation du ballon. Un joueur étroitement marqué a 5 secondes pour passer, tirer ou dribbler. Une équipe a 8 secondes pour amener le ballon dans sa zone avant. Elle a 24 secondes pour tenter un tir. Le règlement, avant tout entraîneur, oblige donc le ballon à circuler.

L’article 27 mérite d’être lu mot pour mot, parce que sa définition est plus précise que ce qu’on en raconte. Le règlement 2024, dans sa version française FFBB, écrit : « Un joueur qui tient un ballon vivant sur le terrain de jeu est étroitement marqué lorsqu’un adversaire est en position de défense légale et active, à une distance inférieure à 1 mètre. » Puis la règle : « Un joueur étroitement marqué doit passer, tirer ou dribbler le ballon dans un délai de 5 secondes. » Notez la condition, défense légale et active. Un défenseur qui reste planté à 80 centimètres sans jouer le ballon ne déclenche rien.

L’article 28 explique le sens de la passe de relance vue plus haut. Dès qu’une équipe prend le contrôle du ballon dans sa zone arrière, elle « doit amener le ballon dans sa zone avant dans le délai de 8 secondes ». Le terrain fait 28 mètres de long, la ligne médiane coupe donc à 14. Un ballon passé couvre cette distance en une trajectoire ; un ballon dribblé la couvre à la vitesse des jambes du porteur, défenseur compris. C’est pourquoi certains entraîneurs de jeunes interdisent purement le dribble en zone arrière à l’entraînement, comme le suggère le document de la Manche cité plus haut.

L’article 29 ajoute une subtilité que beaucoup de joueurs découvrent en match. Après un arrêt de jeu en zone avant en faveur de l’équipe qui contrôlait déjà le ballon, le chronomètre des tirs ne repart pas toujours à 24 : « Si 13 secondes ou moins sont affichées sur le chronomètre des tirs, le chronomètre des tirs être remis à 14 secondes. » La phrase est bancale, et c’est la traduction française officielle qui l’est : il y manque un « doit », que nous n’avons pas ajouté puisque nous citons. Quatorze secondes, c’est le temps de deux passes et d’un tir. Pas davantage. Le détail de ces trois chronos est traité dans les règles des 24, 8 et 5 secondes.

Une remarque sur le texte lui-même. Le Règlement officiel de basketball 2024, approuvé par le Bureau Central de la FIBA à Mies le 26 avril 2024, fait 111 pages en version française, et aucun de ses articles ne définit la passe. Le mot n’y apparaît qu’en passant, dans l’article du marcher, dans celui du dribble, dans celui des 5 secondes. Le geste le plus utilisé du basket n’a pas d’article à lui, sans doute parce qu’il n’a jamais posé de problème d’arbitrage.

« Allez-hop » : la seule passe que le Journal officiel a nommée

Le 6 juin 2026, la Commission d’enrichissement de la langue française a publié au Journal officiel une liste de vingt-deux termes de basket-ball, élaborée avec la FFBB. Une seule entrée décrit une passe : « allez-hop », équivalent français d’alley-oop. Aucune autre technique de passe n’y figure.

La définition officielle est celle-ci : « Combinaison de jeu qui consiste, pour un joueur, à faire une passe lobée au-dessus ou à proximité du panier à un coéquipier en suspension qui tente de marquer avant de reprendre ses appuis au sol. » Une note précise qu’un allez-hop « est le plus souvent conclu par un smash », smash étant l’équivalent adopté pour dunk. Le pluriel retenu est allez-hops.

L’absence est plus parlante que la présence. La liste francise « pas de côté » pour side step, « panier à la sirène » pour buzzer beater, « minutes en or » pour money time, « provocation verbale » pour trashtalking. Elle ne touche à aucune passe technique, et pour une raison simple : chest pass, bounce pass et overhead pass n’ont jamais fait carrière en français. Les documents fédéraux disent passe poitrine-poitrine, passe à terre, passe à deux mains au-dessus de la tête depuis toujours. Il n’y avait rien à remplacer.

Reste un cas, la baseball pass, que la liste n’a pas traitée alors que l’anglicisme est bien installé chez les joueurs. Le vocabulaire fédéral a pourtant son mot depuis longtemps, passe de relance, qui décrit la fonction là où l’anglais décrit le geste. Le ministère des Sports a rappelé que ces termes ne s’imposent qu’aux documents de l’administration ; joueurs, entraîneurs et journalistes restent libres. Sur un terrain, personne ne criera jamais allez-hop.

Ce que je n’écris pas, faute de source. Vous trouverez ailleurs des vitesses de passe en kilomètres par heure, des distances efficaces « de 3 à 10 mètres », des séries de dix passes réussies par cible, un pourcentage de pertes de balle imputable aux passes, ou un rebond à placer aux deux tiers de la distance. Aucune de ces valeurs ne vient d’un texte fédéral ni d’une étude citée, et les pages qui les affichent ne disent jamais d’où elles sortent. Les seuls chiffres de cette page sont ceux du règlement : 1 mètre, 5 secondes, 8 secondes, 24 secondes, 14 secondes, 2 pas.

Photo de Rédaction Basket93
Rédaction Basket93 Seine-Saint-Denis

On écrit sur le basket depuis la Seine-Saint-Denis, l'un des départements les plus denses de France en clubs et en licenciés. Ce qu'on explique, on l'a d'abord vérifié.

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