Soixante-dix. C’est le nombre de gestes d’arbitre illustrés dans l’annexe A du règlement officiel FIBA, numérotés de 1 à 70, et le règlement les appelle des signaux. La même annexe s’ouvre sur une phrase que personne ne recopie : ces gestes sont les seuls valides et officiels. Le « C » des vingt-quatre secondes, les mains posées sur les épaules pour annoncer un temps-mort, le poing frappé deux fois pour un double dribble : rien de tout ça n’y figure. Les trois se lisent pourtant sur des pages de clubs et des blogs français.
Onze cases de la planche ne servent qu’à épeler le numéro du fautif, onze autres à annoncer la sanction devant la table de marque. Reste ce qu’un spectateur voit depuis les gradins d’un match départemental un samedi après-midi. Voilà le tri : les familles classées par ce qu’on en croise à chaque rencontre, en commençant par celle qui explique le plus.
Neuf gestes concentrent presque toutes les erreurs de lecture depuis les gradins.
| Le geste | Ce qu’il annonce | Ce avec quoi on le confond |
|---|---|---|
| Rotation des poings l’un autour de l’autre | marcher | la reprise de dribble |
| Battement alternatif des deux mains | reprise de dribble | le porter de balle |
| Demi-rotation de la paume, main dessous | porter de balle | le marcher |
| Doigts touchant l’épaule | chronomètre des tirs écoulé | le pouce levé du signe OK |
| Paume ouverte, bras tendu | chronomètre arrêté, sans faute | le poing fermé levé |
| Poing fermé levé | chronomètre arrêté pour faute | la paume ouverte |
| Deux poings fermés levés | faute disqualifiante | le poing fermé d’une faute ordinaire |
| « T » formé avec l’index | temps-mort imputé | la faute technique |
| « T » formé avec la paume | faute technique | le temps-mort |
Le poing fermé levé, le geste à retenir si vous n’en retenez qu’un
Un bras qui monte, poing fermé, et le chronomètre s’arrête. C’est le signal numéro 2 de l’annexe, l’arrêt du chronomètre pour faute. Il ouvre à peu près tous les arrêts de jeu qui ne sont pas une sortie de ballon, et il sépare d’un coup les deux moitiés du règlement : la violation, qui ne coûte que la possession, et la faute, qui s’inscrit au compte d’un joueur et de son équipe.
Ce poing ne dit rien d’autre. Ni qui a fauté, ni quel contact, ni ce qui suit. Les trois informations arrivent après, dans un ordre fixe. L’arbitre reste d’ailleurs immobile une seconde avant de se tourner vers la table : il attend que le jeu soit arrêté pour dérouler la séquence entière.
Les trois signaux de chronomètre, qui encadrent tout le reste
Ils sont trois et ils passent inaperçus parce qu’ils sont trop simples. Paume ouverte, bras tendu : arrêt du chronomètre. Poing fermé : arrêt du chronomètre pour faute. Couperet de la main vers le bas : démarrage du chronomètre.
Ils ne s’adressent pas aux joueurs. Ils parlent au chronométreur, à la table, et ils passent avant tout le monde. Un arbitre qui siffle sans lever la main a sifflé pour autre chose que le temps de jeu : une communication, une correction de score. Leur limite tient dans la même phrase. Ils disent qu’il se passe quelque chose sans dire quoi. Deux joueurs vous demandent « il a sifflé quoi ? » dans la seconde qui suit.
Le score : le nombre de doigts, et le nombre de bras
Un doigt abaissé d’un mouvement du poignet vaut un point, deux doigts valent deux points, trois doigts tendus valent trois points. Jusque-là, tout le monde suit.
Le détail se joue ailleurs. Sur le tir à trois points, c’est le nombre de bras qui change le sens du geste : un seul bras levé avec trois doigts annonce une tentative, les deux bras annoncent une réussite. L’arbitre lève donc le premier bras pendant que le ballon est encore en l’air, puis lève le second si le tir rentre. Vu du fond de la salle, on croit à un geste unique fait en deux temps ; ce sont deux informations distinctes.
Le pendant de cette famille est le panier annulé, une action de ciseau des deux bras devant le buste. Elle efface des points déjà affichés, et c’est le seul signal qui oblige la table à revenir en arrière.
Les dix signaux de violation, et les trois qu’on confond
Dix gestes couvrent toutes les violations du règlement. Trois se ressemblent assez pour que la moitié de la salle les intervertisse.
Le marcher se signale par une rotation des poings l’un autour de l’autre. Le dribble irrégulier, celui qu’on appelle reprise de dribble, se signale par un battement alternatif des deux mains de haut en bas. Pour le porter de balle, qui relève de la même famille de dribble irrégulier, l’arbitre fait une demi-rotation de la paume, main sous un ballon imaginaire. Rotation, battement, demi-rotation : trois mouvements de mains à trente centimètres l’un de l’autre, trois sanctions différentes.
Les quatre signaux de temps sont plus lisibles. Bras tendu montrant trois doigts pour les trois secondes, cinq doigts pour les cinq secondes, huit doigts pour les huit secondes. Le chronomètre des tirs se signale en touchant l’épaule du bout des doigts, et c’est là qu’une planche périmée trahit son âge : depuis 2024, l’annexe ne l’appelle plus « 24 secondes » mais « chronomètre des tirs », parce qu’une remise à quatorze produit rigoureusement le même geste.
Restent le retour en zone arrière, un mouvement de vague devant le corps, le jeu au pied volontaire, où l’arbitre pointe son propre pied, et le goaltending. Ce dernier est neuf : l’index tendu qui pivote au-dessus de l’autre main formant un cercle est entré dans l’annexe en 2024, avec trois autres signaux. Une planche imprimée avant cette date ne le contient pas.
Les gestes de l’arbitre sur les fautes : il rejoue le contact
Douze gestes décrivent le contact sanctionné, et leur logique tient en une phrase : l’arbitre mime ce qu’il vient de voir. Il accroche son poignet vers le bas pour un tenir, frappe son poignet pour un usage illégal des mains, l’attrape d’un mouvement vers l’avant pour un contrôle de la main. Le coude balancé en arrière annonce un usage excessif des coudes, la paume ouverte frappée d’un poing fermé une charge avec le ballon. Une fois la clé donnée, ces douze-là s’apprennent en un match.
Deux gestes sortent de cette logique et s’apprennent à part. Les deux mains posées sur les hanches signalent une obstruction en défense ou un écran illégal en attaque, selon qui a fauté. Le poing fermé pointé vers le panier de l’équipe fautive signale une faute de l’équipe qui contrôle le ballon, ce qui prive l’adversaire de lancers-francs et lui rend simplement la possession.
Vient la sanction, et elle n’a que deux formes. Bras levé poing fermé, puis un, deux ou trois doigts : faute sur l’action de tir, avec le nombre de lancers-francs accordés. Bras levé poing fermé, puis index pointé vers le sol : faute en dehors de l’action de tir, remise en jeu.
Le numéro du fautif : main de dos, puis main de face
Onze cases de l’annexe ne montrent que des chiffres, et c’est la partie que les pages françaises sautent presque toutes. Le principe tient en deux gestes. La main de dos donne les dizaines, la main de face donne les unités.
Un numéro 24 s’annonce en montrant deux doigts main retournée, puis quatre doigts main de face. Le 0 se montre d’une seule main droite, le 00 des deux mains. De 6 à 10, la main droite affiche cinq et la gauche complète. De 11 à 15, la main droite se ferme en poing et la gauche complète.
Ce codage sert au marqueur, pas au public, ce qui explique qu’il paraisse obscur depuis les gradins. Il devient utile dès qu’on suit le compte des fautes d’un joueur en fin de rencontre, et davantage encore pour qui envisage de siffler lui-même.
L’ordre du signalement à la table
L’annexe range ses familles dans l’ordre où l’arbitre les enchaîne, et cet ordre est une grammaire. Numéro du joueur, puis type de faute, puis sanction. Toujours dans ce sens.
Le règlement ajoute une consigne invisible depuis les gradins : il recommande fortement de doubler ces gestes par la voix, en anglais lors des rencontres internationales. Le signal n’a jamais été censé se suffire à lui-même, il accompagne une annonce. Un arbitre qui se tourne vers la table sans parler applique la lettre du texte, pas sa recommandation.
Connaître la séquence change la lecture d’un match. On cesse d’attendre le geste spectaculaire et on suit trois informations groupées, toujours dans le même ordre, à trois mètres de la table de marque. Un signal isolé ne veut pas dire grand-chose. C’est l’enchaînement qui porte le message.
Trois signaux nouveaux au 1er octobre 2026
La FIBA a publié en juillet 2026 les modifications applicables au 1er octobre suivant, et l’annexe A en fait partie. Trois signaux entrent : le retard de jeu, la faute disruptive et la faute flagrante.
Le changement va plus loin que trois dessins ajoutés à une planche. La faute antisportive disparaît, remplacée par deux fautes distinctes. La faute disruptive couvre le contact inutile d’un défenseur qui casse une transition ou arrête le chronomètre en fin de quart-temps ; elle ne compte pas pour la disqualification. La faute flagrante couvre l’action dangereuse, et deux flagrantes disqualifient. Les fautes techniques se scindent elles aussi en deux catégories, la première seule comptant pour la disqualification.
La feuille de marque suit : DI pour une faute disruptive, FL pour une faute flagrante, et un cercle autour de toute faute qui compte pour la disqualification. Le geste du poignet attrapé vers le haut, celui de la faute antisportive, sort du répertoire avec la faute qu’il annonçait. Les planches punaisées dans les gymnases mettront une saison à suivre.
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